Nouveau rapport sur le changement climatique outre-mer

Lors du Sommet Climat du 9 mai dernier pour la Caraïbe, avec François Hollande et Serge Letchimy, co-auteur du rapport avec deux autres députés. (F.B./France-Antilles)

La délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale a confié aux députés Maina Sage (UDI Polynésie), Ibrahim Aboubacar (SRC Mayotte) et Serge Letchimy (SRC Martinique) un rapport d’information sur les conséquences du changement climatique dans les Outre-mer.

Territoires insulaires (sauf la Guyane) et vulnérables, les Outre-mer français subissent avec une intensité particulière le réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre et la hausse du niveau des mers qui devrait en résulter. Territoires marins, ils vont être lourdement affectés par l’augmentation de la température des océans, la mise en péril des écosystèmes et l’expansion inédite des cyclones et des tempêtes. Au terme de processus complexes et interactifs, la vie quotidienne des habitants aussi bien que les activités économiques et touristiques qui leur donnent les moyens de vivre, seront profondément perturbées.
Les travaux du Groupe international d’experts sur le climat (GIEC) comme les recherches conduites dans les Outre-mer autour du changement climatique, permettent d’apprécier le vaste champ qui s’offre pour préciser les données existantes et explorer des domaines où l’état actuel des connaissances ne permet pas d’apprécier avec la même rigueur l’incidence de la transformation du climat sur l’ensemble des départements et collectivités d’Outre-mer. Pour autant, l’engagement des élus et de la société civile, dans leurs territoires respectifs, dans l’effort de décision, d’expertise et d’explication va croissant, et les populations sont de plus en plus réceptives aux messages d’alerte et d’action.

ACTIONS ET OBJECTIFS

Le rapport décrit les actions menées dans le cadre des stratégies d’atténuation du changement climatique (la transition vers les énergies renouvelables, les politiques des transports et de la construction) et des stratégies d’adaptation fondées sur la nature (la gestion du « trait de côte » , la protection de la biodiversité, la réponse à la précarisation de l’habitat liée notamment au risque de submersion et la transformation des activités agricoles).
Il rappelle enfin quatre objectifs prioritaires qui peuvent être dégagés en liaison directe avec la Cop 21 (voir ci-contre).

Maina Sage, Ibrahim Aboubacar et Serge Letchimy, députés, « Rapport d’information sur les conséquences du changement climatique dans les Outre-mer » disponible sur le site internet de l’Assemblée nationale

Les analyses et les constats rassemblés dans notre rapport convergent vers une conclusion : dans la conduite des négociations de la Cop 21 comme dans la formulation des solutions, la voix des Outre-mer, premières victimes du changement climatique, devra être considérée à la hauteur des menaces auxquelles ces territoires sont confrontés.

Conférence-débat le samedi 14 novembre

Dans le cadre de son 25e anniversaire, l’Assaupamar organise une conférence-débat sur le changement climatique. Elle aura lieu le samedi 14 novembre, de 8h30 à 12 heures, au conseil général de Martinique.
Y participeront Albéric Marcellin, le président de l’Université populaire et de la prévention, et Yohan Pelis, professeur de l’Université des Antilles (UA). L’Assaupamar précise que « les militants pour la sauvegarde de l’environnement martiniquais entendent apporter leur contribution martiniquaise en amont de la 21e conférence des parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Cop21) qui se déroulera à Paris en décembre prochain. Axée sur « l’échange et le dialogue » , la conférence sera déclinée selon le programme suivant : 8h30 : projection des films « 35 ans de l’Assaupamar » et « Témoignage de Fred Joseph-Angélique » , réalisés par Sandrine Toussay. 9h10 : « La notion de climat et de dérèglement climatique » 10h00 : « Le dérèglement climatique à l’échelle de la Martinique » 10h45 : « La situation des abeilles dans le monde et en Martinique » . 11h00 : conclusion.

Le message des Outre-mer pour la Cop 21

Quatre axes essentiels se dégagent du rapport. Les voici.

I. Clarifier le cadre financier

Pour les États indépendants, officiellement qualifiés de « petits États insulaires en développement » (PEID), un Fonds vert pour le climat a été créé, alimenté par les contributions des États développés.
Mais, en l’état actuel, le Fonds vert n’est pas accessible aux Outre-mer français, ni aux autres territoires ultramarins dépendant d’États contributeurs. Cette exclusion a pour conséquence de créer une certaine inégalité aux dépens de nos territoires, dont les ressources propres ne sont pas beaucoup plus abondantes que celles des États qui en sont proches dans chaque bassin océanique.
La ministre des Outre-mer ne s’est pas montrée, lors de son audition, très optimiste quant au succès de la négociation sur l’ouverture du Fonds vert aux Outre-mer français.
Les auteurs du rapport proposent la création d’un fonds national ou européen spécifique sur le modèle du Fonds vert, dont la gestion dans les territoires pourrait être confiée aux représentations de l’Agence française de développement, avec le concours de l’Ademe.

II. La coopération régionale

La perspective des conséquences graves des désordres liés au changement climatique a suscité un renforcement, dans chaque bassin océanique, de la coopération politique entre les États-îles et les régions françaises, qui s’est traduit par la publication de déclarations solennelles : Réunion, Lifou, Taputapuâtea, Fort-de-France. Il est frappant de constater la convergence des démarches fondamentales qui les animent :
– reconnaissance de la réalité du changement climatique ;
– appel à une coopération internationale réelle et efficace ;
– appel aux pays développés pour qu’ils prennent la mesure de leur responsabilité ;
– engagement individuel et collectif à prendre sa part des stratégies d’atténuation et d’adaptation et des efforts de recherche.

III. Sécuriser la pérennité des programmes d’observation et de connaissances pour mieux agir

À de nombreuses reprises, au cours de leurs travaux, les auteurs se sont vu opposer les insuffisances des connaissances disponibles, soit en l’absence de toute recherche sur le sujet, soit en raison d’un défaut de coordination et d’harmonisation d’activités de recherche qui sont, prises isolément, très prometteuses. Il est urgent de porter remède à une situation nuisible à la bonne compréhension des phénomènes climatiques et de leurs conséquences concrètes, en s’assurant d’une connaissance exhaustive des programmes en cours et en favorisant le regroupement et la mutualisation des moyens et des équipes – tout en respectant, bien entendu, la liberté de la recherche.

IV. Promouvoir des solutions fondées sur la nature et les savoir-faire à la fois traditionnels et innovants

En se précisant et en se concentrant, les débats sur le changement climatique tendent à remettre en valeur le recours aux savoirs traditionnels dans les Outre-mer. Le sujet est également abordé dans l’Hexagone, mais il est peut-être plus immédiatement accessible Outre-mer, parce que, dans des sociétés insulaires à dimension restreinte, les outils de la mémoire collective susceptibles de redonner une actualité utile à ces savoirs sont plus accessibles aux personnes que dans des sociétés continentales urbanisées et à forte mobilité.
Le rapport l’illustre à plusieurs reprises avec l’exemple des jardins créoles, du « rahui » polynésien (aire marine protégée traditionnelle), ou des savoir-faire en matière d’aménagement et de construction.

C’est quoi la Cop 21 ?

La Conférence Paris Climat est officiellement la 21e « conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques » (ou Cop 21). Elle aura lieu entre le 30 novembre et le 15 décembre 2015 sur le site de Paris-Le Bourget – www.cop21.gouv.fr