Qu’il s’agisse de leurs potentialités en matière de valorisation et de préservation de la biodiversité ou en matière de production d’énergie renouvelable, nos territoires ultramarins offrent des perspectives incontournables dans la discussion sur la politique environnementale de la France.

Comment élaborer la politique la plus adéquate en considérant les spécificités et les besoins locaux ? Tel était le fil conducteur de cette nouvelle séance des Mardis de l’avenir, dans laquelle Maina Sage intervenait pour développer les enjeux sociaux et économiques de la transition énergétique dans les territoires ultramarins.

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Mardis de l’Avenir, la transition écologique en débat Quelle place pour nos territoires d’Outre-mer : spécificités locales et politiques nationales ?

L’indépendance énergétique est-elle envisageable pour les territoires ultramarins ? Est-ce la solution pour ces territoires ? Pouvons-nous aller vers l’indépendance énergétique des territoires d’Outre-mer ? En Polynésie française ?


A l’heure actuelle, la quasi-totalité de l’énergie consommée en outre-mer est d’origine fossile – pétrole, gaz, charbon – et reste donc importée par bateau. A ce titre, rappelons que près de la moitié de cette consommation sert aux transports et l’autre à la production d’électricité, dont le coût reste 2 fois plus élevé en moyenne que dans l’hexagone. Pourtant nos territoires sont des terrains exceptionnels pour le développement d’énergies vertes grâce à un climat, un relief, ou encore une géologie particulièrement propices. Alors pourquoi sommes-nous si en retard… Pour évaluer la capacité de nos territoires à s’autonomiser sur le plan énergétique, il faut tout d’abord s’interroger sur les freins qui existent encore, puis exposer les raisons valables et crédibles d’y croire et de le vouloir. Pour revenir sur les freins, soyons clairs, ils sont d’abord financiers au regard d’une rentabilité qui n’est pas toujours évidente à trouver de par les handicaps structurels de nos territoires. En effet, l’étroitesse du marché alliée à l’isolement et à l’éparpillement des zones à couvrir sont des contraintes pesant fortement sur les coûts de production souvent difficile à amortir. Les contraintes matérielles amplifient ces inquiétudes financières puisque les solutions vertes proposées ne sont pas toujours totalement maîtrisées, comme pour le stockage des batteries solaires. Ces solutions vertes ne sont pas non plus toujours dimensionnées à l’échelle de nos territoires – comme pour l’énergie houlomotrice – et ont parfois des difficultés d’interconnexion entre elles ou avec le réseau traditionnel. Enfin, les blocages peuvent êtres humains, puisque l’on connaît dans certains territoires des réticences des pouvoirs publics et ou des opérateurs historiques, souvent délégataires de missions de service public, qui, comme dans d’autres domaines tels que les télécommunications, ont du mal à ouvrir leur réseau à la concurrence pour des raisons techniques et financières qui peuvent, dans certains cas s’expliquer, lorsqu’ils sont au bénéfice de la qualité du service rendu au consommateur. Néanmoins, malgré toutes ces contraintes, je reste fermement convaincue que le développement des énergies renouvelables en outre-mer se justifie plus que jamais ! En premier lieu nos territoires regorgent de potentialités. Nos sources d’énergies naturelles sont diversifiées en un même lieu, et souvent plus abondantes et accessibles que dans la plupart des localités de l’hexagone que ce soit en terme de durée d’ensoleillement, de débit des rivières, ou d’accessibilité aux eaux profondes…bref, les atouts ultramarins prennent dans ce domaine tout leur sens ! De plus, dans un contexte, certes tardif, de prise de conscience des enjeux liés à la préservation de notre environnement, nos projets ENR deviennent une évidence. Certains ont été précurseurs en la matière, devenant parfois des références mondiales. A ce titre, je suis très fière que la Polynésie ait été le berceau du premier SWAC de la planète, dans un hôtel de l’île mythique de Bora-Bora. Ce système permet de puiser l’eau de mer à 900m de profondeur pour refroidir le circuit d’eau douce de la climatisation de grands bâtiments, permettant ainsi de réaliser entre70 à 90 % d’économie par rapport à un système de climatisation conventionnel. En toute objectivité, nous savons aussi que ce réveil mondial se fait concomitamment à une réalité économique. En effet, l’explosion du coût des énergies fossiles, comme le cours du baril qui a été multiplié par 15 en une décennie, rend les projets ENR plus viables sur le plan financier. Ces enjeux économiques et environnementaux ont fait remettre en question les stratégies des grandes nations occidentales à l’égard de leur dépendance énergétique. La France n’y a pas échappé, et de facto nos territoires. Preuve en est, nous sommes réunis aujourd’hui, dans la perspective de la prochaine conférence Energie Climat de 2015. Je remercie à ce titre le Président de l’Assemblée, Claude Bartolone, pour cette belle initiative des Mardis de l’Avenir qui permet aujourd’hui de mettre l’outremer à l’honneur. Alors, l’indépendance énergétique, est-il réaliste d’y croire ? Si certains territoires sont plus en avance que d’autres, il faut néanmoins les comparer objectivement. A ce titre, une étude du cabinet ACCELIOS a évalué le degré d’adversité des territoires insulaires en prenant en compte l’éloignement, la fragmentation, la dispersion du territoire, l’étroitesse du marché, la densité démographique, l’intensité et la dépendance énergétique, ainsi que l’exposition aux risques naturels. Il me semble que cette étude pourrait être adaptée à l’outremer pour évaluer la réelle faisabilité d’un programme global prenant en compte les conditions particulières de chacun.

Pour la Polynésie, compétente en matière d’énergie, les solutions alternatives ont d’abord été une réponse à la précarité énergétique permettant de désenclaver les populations les plus isolées. A ce titre, je rappelle que la Polynésie est un territoire de 118 îles dont 76 habitées, isolé des grandes zones continentales et éparpillé sur une surface maritime grande comme l’Europe. Dans l’ensemble, l’électricité reste un poste important dans le budget des ménages, malgré le fait que l’hydroélectricité représente en moyenne 1/3 de la production. Développant début 2000 des programmes d’information et de sensibilisation au réchauffement climatique, la PF s’est inscrite en 2007 dans l’objectif national des « Grenelle » d’atteindre 50% de production d’électricité propre en 2020, ce qui s’est traduit entre autre par une politique fiscale avantageuse pour les investissements durables (panneaux solaires, voiture, projets HQE). En 2012, elle a voté une loi pour cadrer sa politique énergétique. La convergence de ces moyens, a quelque peu réduit le volume de consommation et augmenté la part des ENR. Mais nous sommes encore loin du compte !

L’autonomie énergétique de la Polynésie passe obligatoirement par un mix énergétique pour faire du sur mesure. Ainsi la PF, continue à investir, en partenariat avec l’Etat, dans plusieurs études et projets pilotes qui visent à atteindre, 50% en 2020 en électricité puis 70% d’autonomie énergétique en 2030. Elle présentera d’ailleurs début 2015, un plan de transition énergétique qui couvrira 4 champs : l’électricité, les transports, les bâtiments et un Plan Climat Energie Territoriale ou Plan Climat Stratégique. Ces programmes restent coûteux. C’est pour cette raison, qu’elle a demandé au même titre que les autres collectivités relevant de l’article 74 de la constitution, de bénéficier de la CSPE.

Cette contribution, même temporaire, permettrait à la fois de réduire la facture, mais également de financer des projets d’hydroélectricité en cours et des projets pilotes d’avenir comme l’ETM. La CSPE représenterait un apport de 100 millions d’euros par an environ, soit 50% de la dépense de consommation d’électricité en moyenne. L’objectif à 50% d’ENR avait été chiffré à plus de 500 millions d’euros d’investissements minimum. Nous pourrions ainsi utiliser 50% de la CSPE pour réduire de 25 points la facture des ménages, tout en investissant les 50% restants, soit 50 millions d’euros sur 10 ans à la transition énergétique polynésienne.

Plus qu’un objectif, la transition énergétique de nos territoires est une nécessité pour des espaces restant plus vulnérables que d’autres au choc énergétique. Il nous faut donc accompagner ces politiques d’investissements, d’innovations adaptées et de plans de formation cohérents. Je dirais donc que tout est possible. Cela dépend essentiellement des moyens que l’on veut et que l’on peut se donner. Au regard des coûts importants des programmes ENR, il est plus que jamais primordial d’avoir une vision élargie et transversale de la politique énergétique outremer. Elle permettra de mutualiser les moyens faisant profiter à l’ensemble, des avancées des uns et des autres. Enfin, les initiatives pilotes conduites en OM sont la démonstration que préservation et valorisation de la nature peuvent aller de pair avec la quête de l’indépendance énergétique. Ainsi, il apparaît que de ses terres d’outre-mer, que l’éloignement géographique met dans l’ombre, la métropole peut tirer des expériences utiles et concrètes au service de la mise en œuvre d’une transition énergétique au bénéfice de tous.

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