Le congrès international des Aires Marines – IMPAC4, s’est terminé ce samedi 9 septembre par une conférence politique des pays engagés pour les océans. A cette occasion, la Présidente du Chili Michelle Bachelet, mais aussi le Prince Albert de Monaco et de nombreux ministres de l’Environnement, dont Heremoana MAAMAATUAIAHUTAPU, des élus, ambassadeurs et organisations internationales ont lancé un « appel à l’action » détaillé en une série d’engagements parmi lesquelles figurent le développement des aires marines éducatives (AME).

Ce concept, nés aux Marquises, est désormais développé par le ministère de l’Éducation polynésien en partenariat avec l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), respectivement représentés cette semaine à la Serena par le coordonnateur des AME, Roland Sanquer, et la déléguée AFB en Polynésie, Pascale SALAUN.


La déclaration répond en grande partie aux objectifs formulés au congrès par les managers, techniciens et scientifiques. Seulement 6% de la surface totale de l’océan est aujourd’hui classée, alors que l’objectif est d’atteindre 10% en 2020 et 20% en 2030, renforcé par les recommandations de l’UICN qui encourage à 30% pour 2030. Parmi les freins figurent la nécessité de mieux définir la notion d’AMP comme un des outils d’une gestion plus large des océans. Pour soutenir ce déploiement, l’UICN et le réseau Big Ocean ont annoncé la création d’une task force qui se réunira par bassin régional début 2018 et à laquelle la Polynésie sera conviée pour présenter plus en détail sa vision des Aires Marines.

Au-delà des chiffres, les acteurs souhaitent améliorer l’efficacité et la qualité de la gestion des aires actuelles, notamment des très grandes AMP (GAMP) qui nécessitent des moyens de gestion et de surveillance complexes. Les retours d’expérience démontrent que la sensibilisation de la société civile et des milieux professionnels est au cœur de l’enjeu : il est fondamental que tous se sentent concernés !

Ainsi, l’emblématique Sylvia EARLE, marraine d’IMPAC4, directrice du projet Mission Blue, rappelait que  « l’on peut tout faire avec tous, mais surtout que l’on ne fait rien sans personne » ! Pour la hawaiienne Aulani WILHELM, directrice du réseau Big Ocean « la question n’est pas de gérer la nature, il s’agit de gérer l’homme ».  Encore faut-il que chacun en accepte la responsabilité partagée. Cette dernière citait l’exemple d’une compagnie aérienne qui a volontairement décidé de contribuer à la surveillance aérienne de l’espace protégé de l’AMP Papahanaumokuakea.

Dans plusieurs GAMP, les pêcheurs sont aux avant-postes de la surveillance. Ils en deviennent souvent les garde-natures, les enseignants et les promoteurs. A ce titre, Felipe PAREDES, président de l’association de pêcheurs de l’Archipel Juan Fernandez au large du Chili rappelait que « nous ne sommes pas propriétaires de l’océan, nous en sommes les gardiens ».

La communauté scientifique est également appelée à renforcer la vulgarisation de leur recherche. Ainsi en conclusion du congrès, outre la nécessité d’adapter les programmes de recherches aux sciences du management d’espaces maritimes, Carlos F. Gaymer, directeur de recherche à la Faculté des sciences de la mer au Chili et grand promoteur des Aires Marines Éducatives, est allé jusqu’à évoquer la « responsabilité sociale des scientifiques » à partager les connaissances.

Pour l’ensemble des professionnels des AMP, l’efficacité de la gestion dépend du degré de compréhension, de confiance, d’engagement et de participation de la communauté. Convaincre les générations actuelles et futures est la première étape cruciale. A ce titre, le concept polynésien d’aires marines éducatives a fortement séduit les acteurs qui ont pu apprécié la dimension culturelle donnée à l’océan dans le triangle polynésien. Rapanui et Hawaii, également fortement présents, ont souvent fait écho à ce message.

En synthèse, les experts notent et félicitent l’engouement grandissant des pays pour les réserves marines, toutefois pour les rendre effectives il faut promouvoir des stratégies inclusives de gestion, de surveillance et de financements, combinant et optimisant les moyens publics et privés qui doivent se développer à l’échelle régionale.

Alors que le congrès a révélé l’extrême urgence, liée au climat, de mettre en commun les travaux d’AMP, la France, par le biais de son ambassadeur des Océans, Serge Segura, a regretté la faible présence des professionnels du privé, ainsi que de représentants de l’Asie et de l’Afrique.

Le Prince de Monaco rappelait qu’il « ne s’agit plus de préserver quelques écosystèmes particuliers, mais d’inventer une solution globale sans se limiter aux seules zones sous juridiction nationale ».

Concernant la Polynésie française, il a ainsi été demandé une plus grande attention à la Haute-Mer qui est tout aussi prioritaire et qui doit, selon ses représentants, faire rapidement l’objet d’accords internationaux pour lutter contre la pratique des DCP dérivants. Il serait en effet totalement intolérable que les efforts de gestion durable de certaines ZEE profitent au pillage par d’autres en zone internationales limitrophes.