Maina Sage a conclu le colloque organisé par la  FEDOM et l’ACCIOM, sur les COM du Pacifique intitulée « Les enjeux économiques et stratégiques de l’Outre-mer français du Pacifique ».

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Monsieur le président de l’Assemblée Nationale, Madame la ministre, Mesdames, Messieurs les parlementaires des Collectivités de Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et de la Polynésie française, Monsieur le représentant du Gouvernement de Nouvelle-Calédonie, Madame la ministre Gouvernement de la Polynésie française, Messieurs les présidents d’associations, de fédérations, et de chambres de commerce et d’industrie, Mes chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de vous présenter les plus vives salutations du Gouvernement de Polynésie française, de son Président Edouard Fritch, et du ministre de la relance économique et du tourisme, Jean-Christophe Bouissou, qui auraient souhaités pouvoir être présents aujourd’hui, mais sont retenus en Polynésie notre Collectivité étant également en période de discussion budgétaire, néanmoins ils sont tout de même représentés par notre ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur, Nicole Sanquer.

En leur nom, je tiens à vous remercier de votre présence, chers collègues, qui témoigne de l’intérêt porté par les élus de la République à ses Outre-mers et plus particulièrement aux collectivités du Pacifique.

Je remercie également les chefs d’entreprise qui ont bien voulu apporter cet après-midi leur témoignage et leur vision des enjeux économiques et stratégiques de l’Outre-mer français du Pacifique. Vous avez apporté, entre autre, la démonstration que le dispositif de défiscalisation peut être, s’il est bien utilisé, un puissant levier pour le développement de nos économies insulaires.

Certes, notre éloignement, notre insularité, notre petite taille, et les contraintes qui sont les nôtres, s’agissant d’un territoire isolé situé à 17.100 kilomètres de la métropole et composé de cinq archipels, regroupant en tout 118 îles émergées, dont 76 habitées, et dispersées sur 5 millions de km² de surface maritime, grande comme l’Europe, peuvent apparaître comme des handicaps, dont la compensation ne représente qu’un coût supplémentaire pour le contribuable français. Pour autant, l’immensité de la zone maritime polynésienne, qui représente 47 % de la zone économique exclusive (ZEE) nationale, et même les deux tiers si l’on prend en compte la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna, permet aussi à la France d’être la deuxième puissance maritime mondiale. En conséquence, ces particularités, qui contiennent également des handicaps structurels, je vous invite à les regarder aussi comme des opportunités qu’il convient d’exploiter.

Nous sommes loin, très loin de l’hexagone. Il en résulte un déficit d’image que, je l’espère, la qualité des travaux menés aujourd’hui à l’occasion de cette conférence a contribué, je l’espère, à combler.  En effet, au-delà de l’image de la carte postale, il est important que les habitants de France métropolitaine soient conscients que l’Outre-Mer, que l’on soit dans les DOM ou dans les COM, est une force pour la France, que le Pacifique dispose d’atouts incomparables, Polynésie française incluse, et que s’y trouve des forces vives, des entreprises innovantes qui embauchent, qui investissent et travaillent au développement de leurs activités. Nous sommes loin de l’Europe, certes, mais en même temps nous sommes à proximité des grandes puissances mondiales : la moitié du G20 est d’ailleurs tournée vers le Pacifique et nous, nous y représentons la France avec fierté. Notre proximité avec nos grands voisins pourrait ainsi être utilement mise à profit par les entreprises françaises.

Notre population est jeune, la moitié a moins de 30 ans. Cette jeunesse peine pourtant à s’insérer sur un marché du travail très étroit. Aussi, elle n’hésite pas à s’expatrier pour renforcer ses qualifications. Ces jeunes se forment en France, en Europe mais aussi dans les pays environnants que sont les Etats-Unis, l’Australie et la Chine, et reviennent ensuite en Polynésie. Nous disposons ainsi d’une élite qualifiée pour assurer notre développement.

Il est vrai que notre collectivité a été touchée de plein fouet par la crise.  Entre 2007 et 2012, notre taux de chômage a doublé, pour passer de 11 à 22%. Il y a urgence. La création d’emplois durables est l’objectif prioritaire de la Polynésie française. Pour relever ce défi, il est nécessaire que des entreprises investissent, créent de la richesse, continuent de se développer. A ce titre, le dispositif de défiscalisation est un levier indispensable pour compenser le déficit de rentabilité qui freine ces investissements.

Comment faire autrement pour renouveler une flotte de navires de fret à bout de souffle, alors même que la desserte interinsulaire représente un enjeu majeur de continuité territoriale ? Comment accompagner le développement de notre tourisme si notre compagnie aérienne ne dispose d’aucun soutien pour renouveler ses appareils. Comment développer nos activités exportatrices si nos entreprises ne peuvent se doter de matériels assez performants pour gagner en compétitivité ?

En outre, le dispositif de défiscalisation renforce notre attractivité, quand nos investisseurs sont sollicités par de nombreux marchés émergents voisins.

Dans le domaine du logement, nos difficultés sont aussi très grandes et l’urgence est forte, car le foncier est rare en Polynésie française, et difficilement accessible. Toutefois, grâce au travail conjoint entre le Gouvernement polynésien et les parlementaires, l’installation d’un tribunal foncier va permettre d’accélérer la sortie des indivisions au profit du développement économique. Dans le même ordre d’idée, la résolution du problème lié à la cession au Franc symbolique des terrains militaires devrait permettre de gagner de nouveaux espaces au profit du développement d’industries et d’infrastructures nouvelles. Enfin, l’amélioration du dispositif Pinel et le déplafonnement récent du montant des crédits d’impôts accordés en faveur du logement intermédiaire locatif, contribueront, je l’espère à faciliter nos projets d’investissement. C’est un enjeu fondamental aussi en Polynésie, où les matériaux de construction, pour la plupart importés, ont un coût élevé, ce qui rend difficile de proposer aux ménages les plus modestes des logements dont les loyers seraient en rapport avec leurs faibles revenus.

Face à ces problématiques, la Polynésie française n’attend pas que les solutions viennent toutes seules, elle entend y apporter des réponses concrètes et efficaces. Dans ce but, un plan de développement économique à long terme sera présenté dès le milieu de l’année prochaine par le Gouvernement polynésien. S’appuyant sur la valorisation de nos ressources propres, que représentent par exemple le tourisme et les ressources marines, il proposera un nouveau pacte de croissance, ambitieux mais réaliste, afin de poursuivre et d’amplifier l’œuvre de redressement du notre territoire engagée l’année dernière après une longue période d’instabilité politique, en offrant ainsi  à nos partenaires, comme à nos entreprises, la visibilité qui jusqu’ici leur avait fait défaut.

Comme vous le voyez, la Polynésie française a bien l’intention de relever ces nombreux défis, s’agissant notamment de la réussite de sa transition énergétique, au sujet de laquelle elle a récemment demandé à l’Etat de pouvoir bénéficier de la CSPE afin d’être soutenu dans notre objectif d’utiliser 50 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2020 et de ne pas être, en outre, la seule Collectivité d’Outre-mer de la République, figurant à l’article 74 de la Constitution, à être exclue du dispositif de péréquation des tarifs de l’électricité. Certes, nous faisons appel à l’expression de la solidarité nationale, mais pour être  accompagnés et non assistés.

Notre souhait est en effet de nous engager dans un partenariat responsable et mutuellement bénéfique au profit de tous, et vous pouvez compter sur l’équipe de parlementaires polynésiens du Sénat et de l’Assemblée : Teura Iriti,  Vincent Dubois, Jonas Tahuaitu, Jean-Paul Tuaiva, et moi-même, pour être à la hauteur des défis à relever, tout en poursuivant notre volonté de faire de la Polynésie française un exemple de responsabilités assumées au service d’un développement durable de notre territoire.

Je vous remercie de votre attention

Discours_Fedom